Jean-Stéphane Prévoté :“Le groupe avait besoin d’un second souffle”

Prévoté

Après le départ à la retraite de Jean-François Prévoté, le groupe familial est désormais dirigé par ses neveux, Jean-Frédéric et Jean-Stéphane Prévoté. Les deux frères ont décidé d’imprimer leur marque en proposant une feuille de route jusqu’en 2023. 

Transport Info : Pouvez-vous nous présenter l’entreprise Prévoté que vous co-dirigez avec votre frère ?
Jean-Stéphane Prévoté : La société a été créée par Pierre Prévoté en 1948, à Méru (60). A l’origine, elle réalisait des transports pour le secteur agricole, le bâtiment et les travaux publics par benne. En 1966, son fils Jean-Pierre a pris la suite, développé l’affaire et l’a orientée vers la messagerie, le groupage, la location avec conducteur, le transport de lots et l’affrètement.

Des entités ont été créées au fil des ans pour toutes ces activités : Prévoté Location, Prévoté Sopamex, Prévoté Expedis, Prévoté Magelog, Prévoté Transpicardie, Prévoté Messageries, Prévoté Expedis et Prévoté Logistique. Le groupe compte aujourd’hui 575 salariés répartis sur cinq sites, en Hauts-de-France et région parisienne. Nous avons réalisé l’an passé 70 millions d’euros de CA, dont 32 % en messagerie, 35 % en location, 20 % en transport, 17 % en distribution et 6 % en logistique. 

TI : Votre société a grandi quasi exclusivement en croissance interne. Est-ce une règle d’or ?
J-S P : En effet, nous n’avons réalisé que deux reprises : Magetrans, il y a fort longtemps et SIC Express en 2013. Les autres entités sont des créations. Cela ne veut pas dire que nous nous interdisons de reprendre une affaire si l’occasion se présentait. Nous restons en veille, même si ce n’est pas prévu dans le cadre de notre nouvelle stratégie. Après le départ de Jean-François Prévoté, notre priorité c’est de dérouler notre plan Prévoté 2023.

Lorsque cela sera fait, nous pourrons mener une opération de croissance externe, sous réserve qu’elle soit compatible avec nos métiers, nous apporte synergie et complémentarité et qu’elle soit dans notre région, car nous n’avons pas pour ambition d’être présent sur tout le territoire. Nous ne souhaitons pas nous étendre au-delà des Hauts-de-France et de la région parisienne. Pour les autres régions, nous travaillons avec nos partenaires du groupement Astre, dont nous sommes membres depuis 2002. 

TI : Qu’est-ce que le plan Prévoté 2023 ?
J-S P : C’est notre feuille de route pour les prochaines années. Nous avons commencé à la déployer en mettant en place un Codir avec dix membres, pour assurer la nouvelle gouvernance. Nous avons nommé quatre patrons pour les activités location, transport, logistique et messagerie, une direction commerciale afin d’accélérer le développement de la logistique, de la location et de l’affrètement dans les trois prochaines années. Nous allons également mieux animer notre réseau de messagerie et renforcer nos RH. Il y a deux ans il n’y avait pas encore de DRH dans le groupe.

Notre plan prévoit aussi de nous moderniser en accélérant sur la partie digitale. Nous avons déjà changé d’outils afin de pouvoir travailler de manière collaborative autour de documents partagés. En transport nous voulons aller plus loin avec le TMS et l’informatique embarquée et tendre vers le zéro papier en mettant en place la lettre de voiture électronique. Pour mener ce plan à bien, nous allons continuer à mettre le paquet sur la formation.

En 2020 nos salariés ont bénéficié de plus de 6 260 heures de formation, soit l’équivalent de 900 jours. Dans le même temps, nous instaurons une politique de HSE et communiquons pour améliorer notre notoriété. Le groupe avait besoin d’un second souffle. Nous voulons réveiller cette belle endormie et nous fixer un challenge. Il existe parmi nos salariés une dynamique indéniable pour relever ce défi. Tous ensemble, nous voulons augmenter de 50 % notre activité en logistique, location et en affrètement.

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Jean-Frédéric et Jean- Stéphane Prévoté

TI : Comment votre groupe a-t-il vécu la crise sanitaire ? 
J-S P : Le premier confinement été un véritable choc. L’an passé, le Covid-19 nous a fait perdre selon les métiers, entre 5 et 25 % de CA et 10 % toutes activités confondues. Nous travaillons pour de nombreux secteurs – retail, grande distribution, cosmétique, textile, automobile, bâtiment… – qui ont tous été touchés. Nous avons dû nous adapter. Le fait d’avoir déjà réalisé notre migration vers des outils informatiques plus modernes nous a permis de mettre en place du télétravail.

Depuis cet été les choses se sont améliorées, mais nous sommes encore à -10 % d’activité en ce début d’année. Mars a été un bon mois, mais il comptait 23 jours et depuis le troisième reconfinement, nous percevons un nouveau ralentissement. On espère un contrecoup cet été et une reprise rapide dans les prochaines semaines. Nous tablons sur un CA de
81 millions cette année. 

TI : Pourquoi avoir décidé de communiquer davantage ?
J-S P : Les précédents dirigeants avaient tendance à estimer que pour vivre heureux il fallait vivre caché. Ce n’est plus possible dans notre monde. Avec la concurrence il faut être visible, connu et reconnu. C’est pourquoi nous utilisons les réseaux sociaux pour faire parler de nous, valoriser notre travail auprès de nos clients, intéresser des prospects, mettre en lumière nos salariés et cultiver notre marque employeur.

Nous avons d’ailleurs réalisé une campagne de communication mettant en scène nos collaborateurs, qui a été affichée à l’arrière de nos véhicules. Cette opération a été appréciée en interne et nous espérons que ça incitera des personnes à vouloir venir travailler chez nous.

TI : L’exécutif tend à mettre fin à la vente de poids lourds neufs à énergies fossiles à partir de 2040. Qu’en pensez-vous ?
J-S P : Nous réfléchissons à la transition énergétique. Nous disposons d’une flotte de 400 moteurs dont trois véhicules au gaz pour livrer sur Paris où le diesel sera banni à partir de 2025. Nous expérimentons aussi un porteur Renault électrique (D Z.E de 16 t) d’une autonomie de 150 km, avec l’un de nos clients (Cercle Vert) qui souhaitait tester ce type de véhicule pour une petite tournée. Cela s’avère assez concluant, parce qu’il y a peu de distance à effectuer.

Voter la fin du diesel, pourquoi pas, encore faut-il qu’il existe une alternative. Aujourd’hui les véhicules Euro 6 ne polluent pas plus, voire moins qu’une voiture ; le gaz n’est pas la panacée car il émet tout de même des polluants et l’hydrogène n’est encore qu’une lointaine perspective. Alors disons que cette interdiction d’ici 2040 laisse du temps aux constructeurs pour nous proposer des solutions.

VC

Le groupe Prévoté 

 70millions de CA en 2020
• 575 collaborateurs répartis sur 5 sites
• 50 000m2 de quais et d’entrepôts
• 800 cartes grises
• millions de colis livrés par an pour plus de 1000 clients

11 mai 2021 Valérie CHRZAVZEZ Stratégie & marchés 

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